Je suis vulnérable. Je suis accoudée au bord du puits
sombre et profond de la déchéance, à me demander si finalement ce n'est pas le meilleur endroit où pourrir. Eh bien oui, puisque de toutes manières, il faut pourrir quelque part. Les gens aimants sont prévoyants mais peut-être pas assez puissants. Il faudrait savoir anticiper certaines réactions pour me forcer à choisir le bon côté de la vie. Mais, y a-t-il un bon côté ? En fait, je pense qu'il n'y a que le côté où l'on est
souillé proprement, à la recherche d'une existence agréable tout de même, et celui où l'on est souillé de manière totalement dégueulasse et irrespectueuse. Perdre son
honneur, où est le mal. Il suffit de regarder autour de soi pour savoir que tomber sur quelqu'un d'honorable est plutôt rare.
En fait, on s'en fout
.
Je suis plutôt atteinte. Et j'ai conscience que ceci ne changera pas, parce que je ne suis pas encore sortie de cette merde. Il faudrait juste que je sache ralentir le mouvement, ne pas tomber trop bas dira-t-on. Je ne veux pas me retrouver à faire la pute sur le trottoir d'ici
quelques mois. Il n'y a pas de bouton pour commander l'homme, ainsi je ne puis me freiner de manière machinale. Quel dommage, alors il va falloir m'aider. Mais qui ? Mes amis sont bien loin maintenant. Il n'y a pas grand monde sur qui compter, dans cette contrée. Un beau jour on se retrouve face à soi-même, face à l'état
déficient où nous amènent ceux qu'on aime et l'on observe les parcelles de soi que l'on met du temps à décoder. On devient même nostalgique de sa conscience
perdue, le miroir ne nous renvoie que cette image de tâche humaine délavée et ruinée, les dents jaunies par le temps, la bouche martyrisée par l'alcool. Peut-être que je
sombre, on verra dans quelques années.
En attendant, je brûle les ailes maternelles, pour les remplacer par d'autres coupée en plein élan de naissance, vieilles et déjà ternes.